VISITE DU CRBA À CHARLY : LA BOTANIQUE APPLIQUÉE AU SERVICE DES TERRITOIRES
Le mercredi 24 juin, nous avons eu le plaisir de visiter le Centre de Ressources de Botanique Appliquée (CRBA), à l'invitation de MPLUSM.
Cette matinée, organisée sur le Domaine Melchior Philibert à Charly, nous a permis de découvrir un travail de recherche rare : celui d'une association qui conserve, expérimente et transmet les savoirs liés au vivant, face aux bouleversements climatiques que traverse aujourd'hui l'agriculture.
Pour une agence d'architecture attentive aux questions de matériaux biosourcés, de résilience et d'adaptation des territoires, cette visite a résonné bien au-delà du seul champ agronomique.

LE CRBA, UN LABORATOIRE D'IDÉES APPLIQUÉ AU VIVANT
Fondé en 2008 par Stéphane Crozat et Sabrina Novak, le CRBA est un laboratoire scientifique et technique interdisciplinaire. Sa mission consiste à apporter des réponses concrètes à l'adaptation de la biodiversité domestique, autrement dit notre alimentation, aux conditions climatiques présentes et à venir.
L'association articule son travail autour de trois piliers : un conservatoire de semences, une station d'expérimentation agronomique et une ferme semencière, complétés par un volet consacré aux jardins historiques et aux territoires. Une conviction traverse l'ensemble de ces activités : les semences sont un bien commun, à étudier, à multiplier et à diffuser gratuitement auprès des agriculteurs et des jardiniers de la région lyonnaise.

LE CONSERVATOIRE : PRÉSERVER LA DIVERSITÉ AVANT QU'ELLE NE DISPARAISSE
La visite a débuté par les parcelles du conservatoire, où environ 4000 variétés de légumes, céréales et plantes aromatiques sont cultivées et étudiées chaque année. Ici, des rangées entières d'ail et d'oignons montés en graine se dressaient sous un soleil déjà haut, leurs ombelles rondes et sèches prêtes à livrer leurs semences.
Beaucoup de ces cultures sont protégées sous de longues cages recouvertes de voiles anti insectes. Ce dispositif, presque invisible depuis la route, isole les variétés les unes des autres pour éviter les croisements indésirables et garantir la pureté génétique des semences récoltées.
Un geste technique discret, mais essentiel à la mission du conservatoire : chaque variété qui disparaît aujourd'hui est une option en moins pour l'agriculture de demain.

LA FERME MELCHIOR : UN JARDIN HISTORIQUE DEVENU TERRAIN D'EXPÉRIMENTATION
Nous avons ensuite rejoint la ferme Melchior, 3,5 hectares organisés dans un ancien jardin rénové, où les variétés issues de la station Vavilov et du conservatoire sont testées en conditions réelles.
Entre les rangs de courgettes, deux membres de l'équipe récoltaient les légumes du jour, sous le regard bienveillant d'une tour ancienne du domaine, vestige du patrimoine bâti du site.
Une fleur de courgette entrouverte, une jeune pousse encore fragile : ces images simples racontent une agriculture patiente, où chaque variété doit démontrer sa capacité à résister à la sécheresse, à l'excès d'humidité, ou à se passer d'intrants chimiques avant d'être multipliée puis distribuée aux agriculteurs de la région.
Un membre de l'équipe du CRBA nous a ensuite guidés à travers les parcelles en pente, entre les rangs fraîchement paillés et les grandes ombelles d'allium en arrière-plan, pour expliquer la logique du site : les semences arrivent d'abord à la station Vavilov, y sont testées pendant plusieurs saisons, puis, si elles montrent des capacités d'adaptation suffisantes, passent en petite production à la ferme Melchior avant, pour les plus prometteuses, d'être transférées à la ferme semencière.


UN PATRIMOINE BÂTI À RÉHABILITER, UN FIL QUI NOUS PARLE DIRECTEMENT
Le Domaine Melchior Philibert abrite aussi une tour ancienne dont l'intérieur, orné de fresques du XVIIᵉ ou du XVIIIᵉ siècle, se découvre au détour d'une porte à double battant.
Assis à même le carrelage en terre cuite, le groupe a pu observer les décors peints au plafond, encore lisibles malgré les traces du temps.
Ce moment a particulièrement retenu notre attention : le CRBA ne travaille pas seulement le vivant, il porte aussi une expertise en diagnostic historique et ethnobotanique des jardins et territoires, au service de restaurations respectueuses de l'histoire des lieux. Une démarche qui fait écho à notre propre pratique, où la réhabilitation du bâti ancien exige la même attention aux savoirs anciens que le CRBA applique à ses semences.

CE QUE NOUS RETENONS DE CETTE MATINÉE
Cette visite, rendue possible grâce à MPLUSM, nous a offert un regard rare sur un territoire où recherche scientifique, production agricole et patrimoine bâti avancent de concert. Le CRBA nous rappelle qu'une adaptation réussie aux enjeux climatiques ne se joue pas sur un seul terrain : elle suppose de croiser les échelles, de la graine à la charpente, du sol au bâti.
Nous remercions chaleureusement l'équipe du CRBA pour son accueil et la qualité de ses explications, ainsi que MPLUSM pour cette invitation. Une matinée qui nourrit, à sa façon, notre réflexion sur une architecture ancrée dans son territoire et attentive au vivant qui l'entoure.




